Alors que Bagdad goûtait « ses premières heures de délivrance », Mariane titrait, en effet, « La catastrophe ». Le 3 janvier dernier, sur ordre de Donald Trump, le général Qassem Soleimani, chef des unités d'élite des Gardiens de la Révolution, a été tué en Irak par une frappe de drone. L’ensemble des mouvements aujourd’hui mus par la haine de l’Occident sont des mouvements occidentalisés : nous avons exporté nos armes, mais aussi leurs usages, nos machines à écrire puis nos ordinateurs et nos méthodes intellectuelles. Mystère : d’où vient la popularité de cette notion alors même que nous ne croyons plus ni en l’ordre romain, ni en l’ordre chrétien ? Copyright © 2021 Regards. Monique Canto-Sperber : Si la notion de guerre juste reste pertinente à mes yeux, c’est qu’elle témoigne de notre double héritage en matière de réflexion sur l’éthique de la violence. « Polemos est le père de toute chose », tel était le mot d’ordre des Grecs vainqueurs. M. C.-S. : On observe, depuis une quinzaine d’années, un engouement pour le cosmopolitisme, l’idée étant de confier la gestion des affaires du monde à une société civile mondiale. C’est évident dans le cas du terrorisme, cet ennemi invisible, insaisissable et imprévisible, pour lequel la notion de trêve a peu de sens. Mais à une condition : que ceux qui dérogeraient aux règles admises en matière de traitement des prisonniers aient l’obligation absolue de rendre des comptes. […] Entre les démocraties et le terrorisme, on ne doit pas rester neutre contrairement à ce que prétendent un certain nombre d’intellectuels proches du PCF et de la Ligue communiste révolutionnaire dans un récent appel intitulé » Cette guerre n’est pas la nôtre » (Le Monde daté 21-22 octobre) ou encore le philosophe gauchiste Toni Negri qui, interviewé récemment dans ces colonnes (4 octobre), refuse de choisir entre » les talibans du dollar et les talibans du pétrole « . Il estimait que les nations prises séparément ne pourraient pas maîtriser la fureur guerrière. André GLUCKSMANN (1). Mais il était également plus positif. En 2008, certains feront néanmoins volte-face, consacrant un édito dans la revue au… fiasco irakien : « Nous nous sommes en effet retrouvés piégés par le caractère très idéologique du débat franco-français. Il peut certes exister d’autres guerres « à prétention morale », menées au nom d’un bien, mais elles risquent de se montrer dangereuses en raison d’un risque d’illimitation. Philosophe et essayiste, André Glucksmann est mort à l’âge de 78 ans. Cette unanimité se perd cependant quand nous passons de la morale (ou de la justice) au droit, car les règles sont alors variables suivant les pays : il y a donc un écart entre ce qui est légitime (qui relève du droit naturel) et ce qui est légal (qui dépend du droit positif, le droit écrit, « posé » dans une constitution). Il […] À condition qu’elle soit guidée par une vision claire de l’adversité. Partout, à Tripoli et dans les régions reprises à la rébellion, les hommes sont enlevés en nombre pour être conduits dans les salles de torture et assassinés ». [Reprise au Théâtre Gérard Philipe du 8 au 15 janvier 2015]. Tout cela en prophétisant : « On ne sait quel rôle joueront les islamistes dans les pays de la région. En 2003, quelques intellos soixante-huitards dénonçaient la France "soviétique" incapable de s'aligner sur les Etats-Unis pour aller combattre en Irak aux côtés des "boys" de George W. Bush. En 2003, ils dénonçaient la France « soviétique » incapable de s’aligner sur les États-Unis pour aller combattre en Irak aux côtés des « boys » de George W. Bush. Il y a quelques mois, la France prétendait canaliser les ardeurs belliqueuses des Etats- Unis dans la « légalité » onusienne. A. G. : Moralité et réalisme ne s’opposent à couteaux tirés que dans les copies de bac. À cette conception qui, depuis Augustin, lie étroitement la guerre et le bien, Grotius, contemporain de Descartes, impose un net infléchissement : il va détacher le recours à la guerre de la poursuite d’un bien et donner de la guerre juste une définition plus procédurale. Ces critères ont à la fois trait aux motifs légitimes d’entrer en guerre (jus ad bellum : droit à l’autodéfense, devoir de mettre un terme à un massacre), et aux moyens acceptables de la faire (jus in bello). Au moins 50 000 morts. The Magazine Basic Theme by bavotasan.com. En se saisissant de cette interrogation brechtienne, Jean Bellorini crée un spectacle enthousiaste et animé. Ce discours a provoqué plus de 500 000 morts. Après avoir soutenu le démantèlement de la Yougoslavie, l’intervention en Bosnie, puis au Kosovo, en 2003 il soutint l’intervention américaine en Irak. La violence du monde est un fait, pas une thèse ! Sur ce point, Raymond Aron s’est montré prophétique quand il prédisait que l’internationalisation du monde risquait d’engendrer de la violence. Noté /5. En faisant alors la guerre à la guerre dans le cadre de ce qui s’affirmera dans l’avenir jus in bello. À la mort d’André Glucksmann, le Guardian s’est contenté de reproduire une dépêche AFP. Il avait le sens du tragique de l’histoire – modèle grec. André Glucksmann critique la position française "Pour la première fois, la déchirure Ouest-Ouest clive la politique mondiale, menace la construction européenne, ruine l'OTAN et paralyse les organisations internationales... Enfouissons, comme des autruches, la tête dans le sable et gardons-nous de voir venir". Comment ce territoire traumatisé produit-il du terrorisme ? A. G. : Je constate le même paradoxe. J’aurais tendance à défendre Kant. Article 2 min Et cela reste juste « quand bien même on s’accorderait… qu’il n’y a point de Dieu », écrit Grotius. Qu’est-ce qu’une guerre juste . André Glucksmann, Pascal Bruckner et le réalisateur Roman Goupil avaient publié une tribune commune dans Le Monde où ils écrivaient : « Que Saddam parte, de gré ou de force ! Au-delà de la mondialisation des marchandises, c’est la violence armée qui s’exporte. Ses soeurs aînées Alisa et Micky sont nées à Jérusalem. L'assassinat d’un des plus hauts dignitaires de l’État iranien est-il une transgression du droit international ? Elle ne consiste sûrement pas, comme le pense manifestementle Quai d’Orsay, à doubler les rapports entre États par Interpole, par la simple chasse policière aux terroristes. Et surtout le chaos ! Comment respecter des règles face à un ennemi qui n’en respecte aucune ? Troie va cependant tomber. La paix perpétuelle, c’est la mort ! Rwanda, ex-Yougoslavie hier, Tchétchénie, Irak ou Iran aujourd’hui, nous n’en avons pas fini avec la guerre. La question sera donc la suivante : dans quelle mesure, au sein d’un ordre juridique donné, existe-t-il des raisons légitimes de faire la guerre, et selon quelles modalités ? Point de vue : la faute, par Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil. En polémiste implacable, André Glucksmann fustige les flottements et contradictions du « camp de la paix », de Chirac à Poutine, pour introduire le nouveau débat stratégique transatlantique. A. G. : Dans les années 1980, en pleine discussion avec les pacifistes allemands, je leur demandais : si vous (écolos et gauchistes) aviez disposé en 1943 d’armes de destruction massive, auriez-vous accepté de les confier aux juifs du ghetto de Varsovie afin qu’ils dissuadent les nazis de les exterminer ? Aujourd’hui, nous héritons malgré nous de ces deux visions (Augustin et Grotius). Spécialiste du philosophe antique, Monique Dixsaut éclaire pour nous cette relation ambivalente. En revanche, la notion telle qu’elle s’élabore déjà chez Cicéron ou saint Augustin est, elle, profondément ontologique. . André Glucksmann est issu d'une famille juive d'Europe centrale. Le modèle grec me paraît beaucoup plus judicieux : c’est en nous situant dans l’horizon des guerres, de la dévastation et de la fureur que nous parviendrons à élaborer des stratégies de prévention et de dissuasion. La qualité morale des accords entre États venait pour lui de ce que l’État de droit est aussi un principe moral censé exporter sa moralité dans les alliances qu’il conclut. Or il s’agit-là d’un détournement de la pensée de Kant. Elle place le droit dans la guerre (jus in bello) au cœur de la réflexion. La Grande Guerre est terminée, mais « les guerriers sont toujours là », prophétisait en 1920 Ernst von Salomon. Je voulais rester !” » (« Dans la famille Glucksmann, le fils est conseill… Philosophe et essayiste, André Glucksmann est mort à l’âge de 78 ans. On peut s’y opposer par pragmatisme : à la faveur de ce carnage, le Kremlin devient de moins en moins contrôlable par une société civile bridée, contrôlée et censurée. Voilà un peuple qui, pendant trente-cinq ans, a subi le joug d’un des totalitarismes les plus sanglants de la planète. Nous n’avons pas assez prêté l’oreille à ceux d’entre nous qui, au milieu du vacarme antiaméricain, s’inquiétaient de l’absence de vrais projets politiques pour l’après-guerre. Lorsque le philosophe s’exprime aux Etats-Unis, son propos est beaucoup plus nuancé : « J’étais opposé à l’administration Bush quand elle a décidé d’entrer en guerre contre l’Irak. Le pacifiste tue en laissant tuer. M. C.-S. : Ce qui me frappe le plus, c’est que nous sommes plongés dans une violence jamais vue tout en continuant, par ailleurs, à entretenir une rhétorique sur l’entente internationale que seules les initiatives américaines viendraient perturber – le tout avec une bonne conscience optimiste, voire béate. La guerre a accouché d’un monstre. Surtout dans l’escalade d’une violence d’autant moins contenue qu’elle est étayée sur des arguments moraux. Dès lors, une guerre juste sera, d’une part, celle qui correspond à un jugement moral irrésistible du type : « C’est intolérable, nous ne pouvons pas laisser faire cela » (en raison du mal infligé aux individus ou d’une menace directe sur la sécurité mondiale). Une proposition d’amendement déposée à l’Assemblée nationale le 8 octobre 2020 propose de classer les chats en tant qu’animaux « nuisibles ». Aujourd’hui, ces caractéristiques s’estompent. Résister à l’injustice d’un tueur, c’est s’autoriser, se légitimer de son injustice. Elle s’est montrée balbutiante et impotente dans la plupart des grandes crises. La démocratie n’est pas venue, et la jeunesse arabe remplit les nouveaux boat-peoples. Les États doivent désormais rendre des comptes. Le philosophe de Königsberg ne me paraît pas incarner l’esprit pacifiste.Il était beaucoup plus ironique. Et donc des paix. signaient un appel dans le Monde intitulé « Oui, il faut intervenir en Libye et vite ! Polemos « désigne les uns comme mortels et les autres immortels », il désenchante, démythologise, révolutionne. Il a initié le mouvement des “nouveaux philosophes”. Selon eux, Marianne et, évidement l’Humanité avaient d’ailleurs tout faux. Jamais de réponse. Malheureusement, nous sommes plutôt en train de briser l’Union européenne et l’Alliance atlantique, outils de cette possible maîtrise de la violence planétaire. 500 000 morts après : c’était un peu tard ! Ce modèle renvoie au droit de faire la guerre (jus ad bellum) pour rétablir la paix. A l’époque Goupil, Glucksmann et Bruckner voyaient « Bagdad danser« . CNRI – « Si nous laissons commettre le crime à Achraf en Irak, nous donnons un blanc seing, nous donnons un appui à tous les dictateurs du monde, et en particulier à celui qui est juste à côté, le régime théocratique iranien », a rappelé le philosophe André Glucksmann à Paris le 10 décembre. Quelques années plus tard rejoints par Stéphane Courtois, auteur du Livre noir du Communisme, Alexandre Adler, Pierre André Taguieff et bien d’autres, tous nos bushistes convertis, convaincus de la nécessité de poursuivre leur combat se retrouveront même pour créer une revue « Le Meilleur des mondes », atlantiste et néo-conservatrice, avec les membres du Cercle de l’Oratoire. Trop convenu. A. G. : En uniforme ou pas, au service d’un État, d’un groupe ou travaillant pour son propre compte, le terroriste se définit comme un être en arme qui agresse délibérément des êtres désarmés. Sa mère, Martha Bass (1903-1973) est née à Prague, dans ce qui était alors l'Empire austro-hongrois. Selon la seconde, la justice de la guerre ne peut être conçue en dehors d’un filet étroit de raisons, de justifications, de règles et de limites. Indigné, emporté, passionné, enflammé même, André Glucksmann n’hésite jamais à intervenir lors des conflits, toujours au nom des droits de l’homme, soutenant l’intervention contre la Serbie en 1999 ou plus récemment l’intervention en Libye ou le combat des indépendantistes tchétchènes. et Monique Canto-Sperber examinent ici les raisons d’intervenir dans un monde chaotique et plaident pour le maintien de la justice dans la conduite de la guerre. Idéalement, cet écart devrait être nul dans un État de droit, avec une constitution fondée sur les droits de l’homme imprescriptibles (on ne peut pas les donner) et inaliénables (on ne peut pas les enlever). Pareille alliance d’une civilisation démocratique formée d’États de droit, non pas contre le terrorisme mais contre les terroristes (mafieux, religieux, nationalistes ou Dieu sait quoi), – vous avez raison d’introduire cette nuance –, cette perspective me paraît absolument fondamentale. Selon la première, la guerre est légitime si elle a pour but d’éradiquer un mal et d’établir un bien. André Glucksmann est le fils de réfugiés juifs, son père Rubin Glucksmann étant un ancien combattant de la Première Guerre mondiale originaire de Czernowitz en Bucovine et sa mère Martha née à Prague. Et une répétition de l’histoire. Prenons l’exemple de la guerre que mène le Kremlin en Tchétchénie. D’où l’utilité intellectuelle d’élaborer des règles qui, tout en préservant un minimum de justice dans la guerre, nous préservent aussi du moralisme. Qu’il fallait donc des alliances entre Républiques ou entre États de droit. Du côté de ceux qui - rares en France - ont approuvé l'intervention anglo-américaine en Irak, il déplore la fracture qui se creuse en Occident.L'éviction du despote de Bagdad, nécessaire L’homme est-il tenu d’intervenir dans les relations inter-espèces ? Aveuglé par le 11 Septembre, ignorant des réalités du monde, le président américain a conduit son pays et le peuple irakien au désastre ». All Rights Reserved. Elles tendent à faire des guerres qui se veulent justes des guerres à prétention morale. Près de quinze ans après, c’est le fiasco. Les guerres n’opposent plus deux États adverses clairement identifiés, ce qui rend en partie caducs les moyens de régulation traditionnels – représailles, dissuasion, etc. A l’époque, Bernard-Henri se tâte encore, changeant de discours en fonction du public comme le relèveront les auteurs du livre Le nouveau B.A.BA du BHL. Sorte de punition infligée à ce philosophe de gauche accusé d’avoir trahi son camp en soutenant Sarkozy et l’intervention américaine en Irak. A. G. : Dominique de Villepin, dans son fameux discours sur l’Irak à l’ONU, tressait des couronnes à la « législation internationale ». Après avoir soutenu le démantèlement de la Yougoslavie, l’intervention en Bosnie, puis au Kosovo, en 2003 il soutint l’intervention américaine en Irak. Même si, sur le terrain, tout a échoué. Le Cercle de l'Oratoire est un cercle de réflexion français créé peu après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, à New York. Il traverse la Méditerranée pour un séjour de sept mois, comme journaliste, au Soir d’Algérie: “Alger, c’était un coup de foudre absolu. Khâgne au lycée Henri-IV, « nid des élites parisiennes, le jeune homme ne sait que faire de sa vie. On peut être contre par morale, puisqu’elle a tué un Tchétchène sur huit ou sur cinq, et dans le tas des milliers d’enfants. La justice sociale consiste à rendre à chacun ce qui est le sien (selon son mérite ou selon ses besoins) et la justice pénale, par l’intervention d’un tiers (le juge), à mettre un terme à la vengeance. Le philosophe et essayiste relit pour Réforme l’actualité de l’année qui vient de s’achever : la crise iranienne, la guerre civile en Irak, les dérives du pouvoir russe, le conflit israélo-palestinien, la stratégie de la Chine, celle des Etats-Unis… Mon interprétation du cosmopolitisme kantien rejoint la vôtre : Kant était opposé à la perspective d’un gouvernement mondial. Privée de son ennemi communiste, voulant illusoirement « faire la guerre au terrorisme », l’Amérique a fait venir à elle tous les « idiots inutiles » susceptibles de porter sa bonne parole pour alimenter le propagande à l’aide d’une paranoïa apocalyptique. Pour André Glucksmann qui a signé un récent “Voltaire contre-attaque”, le “Traité sur la tolérance” est un antidote très actuel aux pensées bétonnées, car il se fonde sur la nécessité de nous entendre non sur le bien, mais contre le mal. « Le tyran, décidé à noyer son pays dans « des rivières de sang », mitraille les populations civiles, « purge » les villes des opposants et fait régner la terreur. La fin de la guerre froide vérifie Shakespeare et Héraclite, penseurs de la guerre, contre la plupart des experts contemporains qui rêvaient d’une histoire pacifiée. Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés » clamaient dans les pages du Monde, les André Glucksmann et Pascal Bruckner ainsi que le réalisateur Romain Goupil dans une tribune sobrement intitulée « La faute ». Sûrs de leurs certitudes, en avril 2003, nos trois soixante-huitards enchaînaient les prises de parole pour soutenir l’intervention américaine en Irak et n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer « l’antiaméricanisme français ». Faut-il intervenir dans les relations entre animaux ? Inadmissible pour nos valeureux combattants accablés devant le constat qu’il existe encore dans nos démocraties « une portion importante de citoyens que la chute d’une dictature désespère », basculant dans un lyrisme euphorique qui parait glaçant aujourd’hui: « Quand Bagdad danse, Paris fait grise mine ». Je pouvais faire ce que je voulais, par exemple, des enquêtes sur la mafia des strings, aux mains des islamistes. À notre époque, je dirais que les modes de justification de la guerre devraient essentiellement relever du jus in bello et non du jus ad bellum : c’est parce que nous sommes immergés dans des situations où la guerre est toujours possible que l’effort pour maîtriser cette éventualité peut être argumenté. Mais une chose est sûre : que la démocratie vienne ou non, que cela prenne six mois ou vingt ans, la jeunesse arabe aspire à la liberté. C’est plus tard que le philosophe deviendra un inébranlable va-t-en guerre. Réponse avec Amélie Férey, spécialiste en éthique de la guerre. Remember : le Cambodge, l’Éthiopie, le Rwanda, la Yougoslavie et le Caucase. En plus de « protéger Saddam » — pas moins ! Là encore, je remarque que nous ne sommes toujours pas sortis du modèle romain-chrétien pour lequel la paix est première. En 2011 ils militèrent pour la guerre en Libye. M. C.-S. : De fait, jusqu’au milieu du xxe siècle, les guerres étaient menées par des États, seuls acteurs internationaux identifiés, et dans une alternance assez nette entre état de guerre et état de paix. L’homme qui a poignardé plusieurs personnes à Paris en mai était originaire de Tchétchénie. Les félins décimeraient oiseaux et reptiles, provoquant d’irrémédiables dégâts aux écosystèmes. L’ancien stalinien André Glucksmann est devenu partisan de la guerre en Irak et finit par voter Sarkozy. A l’époque Goupil, Glucksmann et Bruckner voyaient « Bagdad danser ». Dans le paradigme grec, au contraire, il y a précession de l’état de guerre. Le philosophe André Glucksmann, l’écrivain Pascal Bruckner et le cinéaste Romain Goupil ont signé un appel en faveur d’une intervention en Irak afin de libérer le peuple de la dictature. Son père, Rubin Glucksmann (1889-1940), originaire de Czernowitz, au nord de la Bucovine, région jadis roumaine (actuellement en Ukraine), a combattu pendant la Première Guerre mondiale dans l'armée impériale . André Glucksmann a été une des rares voix discordantes qui ont défendu, l'an dernier, la nécessité d'une intervention armée en Irak et souhaité que la France s'y associe. M. C.-S. : Je voudrais souligner à quel point, en matière de relations internationales, l’opposition de l’idéalisme et du réalisme apparaît souvent artificielle. Mais revenons à nos « moutons » atlantistes. « Polemos est le père de toute chose », disait Héraclite. Militants sionistes de gauche, ils choisissent, indépendamment l'un de l'autre, d'émigrer en Palestine mandataireau cours des années 192… Troie était une cité ordonnée. L’argumentaire des copains de barricade, condamnés à expier ad vitam leur « égarement » de jeunesse, virait même au délire quand on relit leur tribune onze ans plus tard. Les valeurs et les normes font partie du réel autant que les passions ou les intérêts. Mais après la Bosnie, le Darfour, l’intervention en Libye dans laquelle ils ont joué un rôle si déterminant, l’appel à intervenir en Syrie, c’est désormais la guerre contre la Russie et son allié syrien qui les mobilise. Il se réclamait non d’une paix divine ou romaine, mais de la nécessité de contrôler et contrer la fureur guerrière fut-ce par les armes. Polemos, la guerre, et pas la Providence divine ou l’amour de la paix. Il y a peut-être là un moment où l’humilité s’impose. Tribune du Monde du 4 avril 2003. Mort du philosophe et essayiste André Glucksmann, La “Bonne âme” aux mains sales de Jean Bellorini, Amélie Férey : “L’assassinat de Soleimani pose la question du contrôle démocratique du droit de tuer”. En 2014, la progression de l’EIIL (l’Etat islamique en Irak et au levant), révèle les failles de l’Etat irakien laissé en place par la faillite Américaine, à leur départ. En 2011 ils militèrent pour la guerre en Libye. La question morale fondamentale est donc de savoir comment canaliser cette violence irréductible. Dans ce modèle romain et chrétien, sera considérée comme juste une guerre qui soit restaure la tranquillité du monde (Cicéron), soit rétablit l’ordre de la Providence (Augustin). Cette revue développera une vision binaire du monde partagé entre « amis » et « ennemis » de l’Amérique, « pro-Américains » et « anti-Américains ». Du coup, le danger majeur ne me semble pas résider dans un prétendu « choc des civilisations », mais plutôt dans la multiplication des phénomènes de mimétisme concurrentiel : les passions s’alimentent des rivalités qui naissent inévitablement de la mise en communication des cultures. Du coup, il nous faut à tout prix un coupable qui soit la cause unique de tout le mal. La solution ? Pour toujours plus de morts innocentes. La cohérence ne frappe pas chez BHL non plus, resté silencieux des années sur l’Égypte et la Tunisie dont il a vilipendé les dictateurs et les despotes après leur départ. Pour une raison simple : de nombreux États agissent par terroristes interposés. Le pal-marès de Saddam Hussein, aujourd’hui connu de tous, fait frémir. Hantés par le passé, nous avons vu l’Amérique de 2003 avec les lunettes de 1944. Le 16 mars 2011, les mêmes André Glucksmann, Bernard Kouchner, Claude Lanzmann, Bernard-Henry Lévy Pascal Bruckner, rejoints par Daniel Cohn-Bendit, Frédéric Encel, Raphaël Enthoven, etc. Carte de l'Irak. Débat en direct avec le philosophe André Glucksmann, lundi 15 septembre. . Le but n’est pas de rejeter la chair, mais de mieux maîtriser ses désirs. Monique Canto-Sperber et André Glucksmann. Bruckner : «Ils haïssent la France, non parce qu'elle opprime les musulmans, mais parce qu'elle les libère» C'est un sujet qui est un mélange de philosophie et de sociologie dans un certain sens. Comme elle n’est pas au rendez-vous, c’est forcément la faute d’un seul grand méchant, en l’occurrence l’Amérique ! Comme son père, Raphaël Glucksmann va publier des articles dans la revue Le Meilleur des mondes (2006-2008), qui entend dénoncer l'"antiaméricanisme" suscité par la guerre en Irak. Opinion, histoire sociale et syndicalisme, généalogie, Institut CGT d’Histoire sociale des Activités postales et de télécommunications, Les athées sont majoritaires en France ! Les accusations furent également répétées par tous les alliés de M. Bush. Achetez neuf ou d'occasion André Glucksmann : La notion de « guerre juste », cela vous surprendra peut-être, ne me paraît guère pertinente. André Glucksmann est mort. Retour sur la joute intellectuelle initiée par ces gauchistes convertis au bushisme alors que l’Irak sombre dans un chaos peu dansant, puis au Sarkosysme favorable à la guerre en Libye, etc. Dans “La Bonne Âme du Se-Tchouan”, il met en regard avec beaucoup d’esprit deux conceptions de la morale. « Que Saddam parte, de gré ou de force ! Le problème central devient, du coup, celui du jus in bello (du droit dans la guerre). André Glucksmann et Tzvetan Todorov s'opposent radicalement sur ces questions. La plupart des partis politiques français avaient succombé à un « nationalisme des imbéciles ». Cela dit, la question d’un juste combat contre le terrorisme – ou plutôt contre les terroristes – reste très difficile. D’où l’obligation de fixer des critères. De même, depuis que nous avons laissé faire le génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda, une véritable peste brune se répand sur le continent noir – songeons au Congo ou au Darfour. Alain Finkielkraut avait réuni Jean Daniel et André Glucksmann pour tenter de dresser un tableau de l’Irak actuel, sept ans et demi après la prise de Bagdad par l’armée américaine. » Ce fut BHL qui se mit en avant et resta dans les mémoires en se ridiculisant, et en y allant respirer les odeurs de poudre. Pour quel résultat ? - Je ne savoure pas une victoire personnelle, mais celle des droits de l’homme en Irak. C’est que nous persistons à penser la guerre dans l’horizon d’une paix jugée plus fondamentale : l’ordre est premier, la guerre seconde. En 2001, le Cercle de l’Oratoire, dont Glucksmann faisait partie, publiait un manifeste dans Le Monde soutenant la guerre en Afghanistan : « Cette guerre est légitime car il s’agit pour les États-Unis d’un acte d’autodéfense à la suite d’une agression sur leur propre sol qui a coûté la vie à des milliers d’innocents de toutes religions et de toutes nationalités. Source : Le Monde, 14.04.2003 Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et… ses libérateurs ! Comment maîtriser la fureur et rétablir la paix ? Or, George Bush n’est pas Franklin D. Roosevelt. Quand Bruckner, Goupil, Adler, Glucksmann et Taguieff appelaient à la guerre en Irak Publié le : mardi 17 juin 2014 Mots-clés : France ; International ; Irak ; Mai 68 ; Philosophie Les Irakiens, … Si, étymologiquement, la justice et le droit sont très proches (jus, juris, qui donne l’adjectif juridique), la justice est aussi une catégorie morale et même, chez les anciens, une vertu. Un agent d’Al-Qaida a été envoyé en Irak à plusieurs reprises à la fin des années 1990 pour aider Bagdad à acquérir des poisons et des gaz. Nous pouvons tous être révoltés devant une situation d’injustice : la justice est aussi un sentiment. Pour eux, la France s’était donc « mise hors jeu », « ridiculisée » quand Tony Blair s’était révélé un « véritable chef d’État ». André Glucksmann et Monique Canto-Sperber examinent ici les raisons d’intervenir dans un monde chaotique et plaident pour le maintien de la justice dans la conduite de la guerre. En fait, nos trois tristes lurons de l’ « Axe du Bien » se posaient ni plus ni moins en tant que résistants à une pensée obligatoire. Morale et réalisme concordent : un pouvoir autocratique disposant du second arsenal nucléaire mondial est un danger non seulement pour les Tchétchènes, mais pour les Russes eux-mêmes et pour le monde entier. La doxa mondiale voudrait que nous soyons faits pour nous entendre, le problème étant qu’à l’évidence ça ne marche pas, cette belle vision étant quotidiennement démentie par le journal télévisé. Une coalition bombarda le pays, tua encore et encore, et même le président Kadhafi. Si une guerre juste est une guerre que je trouve juste, cela n’a pas grand intérêt : simple affaire d’opinion personnelle ! Guy Millière, André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pierre Rigoulot, etc. D’autre part, la guerre juste sera celle qui oblige à modérer et à justifier les moyens utilisés au combat. Quelle importance après tout. Mais aujourd’hui, nous y sommes, nous devons désormais finir le travail ». BOÎTE À IDÉES (function() { var qs,js,q,s,d=document, gi=d.getElementById, ce=d.createElement, gt=d.getElementsByTagName, id="typef_orm_share", b="https://embed.typeform.com/"; if(!gi.call(d,id)){ js=ce.call(d,"script"); js.id=id; js.src=b+"embed.js"; q=gt.call(d,"script")[0]; q.parentNode.insertBefore(js,q) } })(), Article issu du magazine n°3 juillet 2006, “Iranien” de Mehran Tamadon: le libéral face aux théocrates. —, la France était devenue rouge, d’un rouge soviétique, car le gouvernement Chirac refusait de s’associer à Bush.
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